Héra:
Quel sale temps ! C'est pas vrai, une chose pareille. Avec ça, mon brushing va être fichu...
Nom de Zeus !
Zeus:
Oui, ma poulettes ?
Héra:
Cesse de m'appeler "ma poulette", ça fait d'un distingué pour la femme du roi des dieux.
Zeus:
Pardonne-moi, Héra. L'Olympe n'est plus ce qu'il était.
Héra:
C'est quoi toute cette pluie ?
Zeus:
Un petit orage, un tout petit orage, ma colombe.
Héra:
Je ne suis ni ta poulette, ni ta colombe. Je suis la reine des...
Zeus:
La reine des quoi, ma nymphe ?
Héra:
Il m'agace, mais il m'agace ! La reine des dieux !... Alors, cet orage ?Je parie que tu as encore joué avec ta foudre.
Zeus:
Je ne joue pas avec ma foudre. Je la lance pour punir les hommes ou les dieux.
Héra:
C'est ça ! Et une fois sur dix, tu rates ton coup et c'est mon brushing qui en prend pour son grade.
Zeus:
Ma chère, tu es injuste. J'agis comme je peux.
Héra:
Le fait est que tu peux peu.
Zeus:
"Peux peu" ?
Héra:
Tu sais très bien ce que je veux dire.
Zeus:
Est-ce ma faute à moi, si le pouvoir des dieux diminue de siècle en siècle ?
Héra:
C'est de la mienne peut-être.
Zeus:
Chouchoute ! Même moi, Zeus le G, je n'ai pas le pouvoir de m' opposer au destin.
Héra:
C'est bien les hommes ça... enfin... c'est bien les dieux. "C'est pas ma faute, j'ai pas fait exprès, c'est le destin. Si tu avais écouté plus souvent l'oracle,la Pythie de Delphes, tu saurais ce qu'il te dit le destin.
Zeus:
D'abord, la Pythie, on ne comprend pas ce qu'elle dit.
Héra:
Quand on est futé comme toi, ça n'a rien d'étonnant. Fais un peu marcher tes cellules grises.
Sonnerie de téléphone.
Zeus:
Héra, ma douce... es-tu certaine que c'est bien une façon de parler au roi des dieux ?
Héra:
Si tu crois que tu m'impressionnes encore toi et ta foudre qui ressemble à un pétard mouillé !
Nouvelle sonnerie de téléphone.
Héra:
Hé, roi des dieux !... "Telephonos" !
Zeus décroche.
Zeus:
"Allos" ? ... Oui, nous-même !
Héra:
Prétentieux !
Zeus:
Je vous entends très mal. Il y a de la friture sur la ligne.
Héra:
Évidemment, à force de jouer avec ta foudre.
Zeus:
Parlez plus fort !... Non... je dis: parlez plus fort !
Le correspondant hurle dans l'appareil. Zeus écarte le combiné.
Zeus:
Pas si fort !... Comment ?... (à Héra) Il me dit: "Faudrait savoir !"... Non mais, mon ami, savez-vous à qui vous parlez ?... C'est de la part de qui ?... Comment ?... Ah, c'est Hermès ! Articule, mon vieux ! Oui Hermès, c'est nous... Oui, Hermès... non Hermès ! (À Héra) C'est Hermès, le messager des dieux.
Héra:
Non !!!
Zeus:
Nous t'écoutons !... Quoi Hercule ? Nous ne le connaissons pas celui-là !... Ah, Héraclès ? Parle grec enfin ? Qu'est-ce qu'il a fait, Héraclès ?... Non ? Encore ?... Mais, nous allons finir par le foudroyer, nous !
Héra:
Ah non ! Ça suffit comme ça ! Tu vas encore détraquer le temps.
Zeus:
Oui !... Oui !... Oui, oui, oui !... Non ?!?... Oui !... Oui, oui, oui,oui !... Non ?!?... Fais-le venir immédiatement !... Voulons pas le savoir ! Immédiatement ?
Zeus raccroche rageusement.
Zeus:
Héraclès a de nouveau eu des problèmes.
Héra:
Il les collectionne.
Zeus:
Il me pompe l'air... oui !
On entend frapper à une porte.
Zeus:
Ben, tu vois: il y a encore deux siècles, il aurait enfoncé la porte en tapant comme ça.
Héra:
Ça fait combien de temps qu'il n'a plus fait des pompes ?
Zeus:
Allez savoir.
Héra:
C'est pas étonnant qu'il n'ait plus d'abdominaux !
Nouveaux coups à la porte.
Zeus:
Et bien entre, quoi !
Héraclès entre.
Héraclès:
Falut, Papa !
Zeus:
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Héraclès:
V'en ai encore pris plein la poire !
Zeus:
Et te abdominaux ?
Héraclès:
V'ai oublié.
Zeus s'approche d'Héraclès et le frappe en cadence.
Zeus:
M'est qu'est-ce qui nous a une lavette pareille ? Tu vas te secouer, gros tas, ou est-ce que nous avons devoir nous fâcher ?
Héraclès:
V'y peut rien, f'est le Deftin.
Héra:
Il a bon dos, celui-là ! Ce n'est pas le destin qui va entretenir tes muscles.
Héraclès:
Quand ve fuis en bas, v'y penfe plus.
Zeus:
Nous ne pouvons quand même pas envoyer ce... enfin... cette... de Ganymède ou ce tordu d'Héphaïstos accomplir les travaux d'Héraclès.
Héraclès:
Oh non, v-v-v... f-f-f... F'est pas fafile de prononfer ton nom avec deux dents caffées: ve-uf... fe-uf...
Va pourrais pas t'appeler Vupiter ?
Zeus:
À non ! Nous avons horreur qu'on nous parle latin.
Héra:
Dis-lui, Machin ! On point où en est.
Héraclès:
O.K. mafin, tu ne peux pas faire fa !
Zeus:
D'abord, tu me dis,vous. J'y tiens. Nous sommes le roi, tout de même. Ensuite, c'est nous qui décidons.
Héraclès:
Fi v'ai plus de travaux à faire, v'ai plus qu'à me flinguer.
Héra:
(à Zeus) Laisse-lui encore une chance.
Zeus:
Si c'est toi qui le demandes, ma biche...
Héra:
J'avais bien entendu. Je croyais que tu réservais cette image à cette gourgandine d'Artémis.
Zeus:
Qu'est-ce que tu crois ? Tu te fais des idées, mon idole !
Héra:
Ah oui ? Quand elle passe en petite tenue, que tu lui cours après, que vous vous cachez dans les bosquets et que tu reviens soufflant comme un phoque, je me fais des idées ?
Héraclès:
Ve vous déranve pas, là ?
Zeus:
Toi, va voir chez Héphaïstos si j'y suis et fais-lui réparer tes dents... tu m'énerves.
Héraclès:
Oh non, pas Héphaiftof ! Il va me faire mal avec fes groffes tenailles.
Zeus:
Fez Héphaiftof... Chez Héphaïstos et que ça saute.
Héraclès:
F'est un ordre ?
Zeus:
C'en est un !
Héraclès:
Fûr ?
Zeus:
Fûr
Héraclès sort en bougonnant.
Héraclès:
Héphaiftof, f'est rien qu'une brute ! Qu'est-fe que ve vais dégufter !
Sortie d'Héraclès.
Zeus:
Ma douce, oublions ce léger incident. Viens, je te paie un grand verre de nectar.
Héra:
Si tu crois que tu vas m'amadouer comme ça, tu te fourres le doigt dans l’œil.
Zeus:
Mon oiseau des îles... grecques... un grand verre de nectar !
Héra:
Soit, mais ne t'avises plus de me parler de biche ou de fréquenter cette catin d'Artémis.
Zeus:
Oui, ma bi..., ma belle, promis !
_ _ _
Coryphea:
Je suis à moi tout(e) seul(3), / et chœur et coryphée,
Pour bien vous éclairer, / je dois vous expliquer
Le déroul(e)ment des faits, / l'action et l'argument
Je vous démontre tout./Je cause en vers,... vraiment.
Elle prend une pose de tragédienne classique.
En haut siègent les dieux, / en bas sont les humains.
Les uns sont fatigués, / les autres plus malins.
Le puissant roi des dieux, / sur son Olymp(e) perché,
Tenait en son bec un cigare.
Elle réfléchit.
Qu'est-c(e) que j(e) raconte là ?
J(e) me suis gourée, ma foi!
Je dis n'importe quoi / et l'on va me virer
Si j'oublie mon test(e), / pourtant bien rédigé.
Reprenant sa pose.
Le puissant roi des dieux, / sur son Olymp(e) perché,
A perdu son pouvoir, / est tout désemparé.
Son épous(e), c'est Héra, / vous l'avez deviné.
Elle porte le culott(e) / et dirig(e) toutes chos(es),
Quand à Zeus le paumé, /plus rien, jamais, il n'os(e).
Héraclès est son fils, / Hercul(e) chez les Romains.
Il est grand, il est beau, / mais n'a plus dans ses mains,
La puissanc(e) et la forc(e) / qui le caractérisent.
Et portant, chaque fois, / son regard m'électris(e).
S'il ne me rend pas folle, / ni ne m'échauff(e) le sang,
C'est que, décidément, /rien n'est plus comm(e) avant.
Dans la scène suivant(e), / vous pourrez constater,
Que le sens politiqu(e)... / aux femm(es) est réservé.
Et pour passer le temps, /je veux bien vous danser,
Un petit sirtaki / plus ou moins endiablé.
Elle danse et chante éventuellement.
_ _ _
Passala, épouse de Ioannès sort de chez elle. Elle et habillée en homme, comme le seront Alcména, Héléna, Réséda et Phylloxera.
Passala:
J'espère que ces dames n'ont pas oublié le serment que nous avons fait... Je n'en vois aucune. Elles devraient pourtant être là. La séance de l'Assemblée va bientôt commencer... Qu'est-ce qui a bien pu se passer ?... Peut-être qu'elles n'ont pas pu se procurer les barbes postiches qu'on avait dit d'avoir ou bien c'est pour chiper en cachette les frusques de leurs hommes. J'aperçois une ombre qui s'approche.
Héléna, Alcména et Réséda vêtues en hommes entrent.
Phylloxera:
En avant, Mesdames, nous allons être en retard.
Alcména:
Ne devons-nous pas attendre Passala ?
Réséda:
Celle-là...le jour où elle sera à l'heure, la circulation sera fluide sur l'Agora.
Alcména:
Ne devons-nous pas attendre Passala ?
Réséda:
Celle-là ! Le jour où elle sera à l'heure, la circulation sera fluide sur l'Agora.
Alcména:
Ne soyons pas pas mauvaises langues, d'autant plus qu'elle pourrait bien nous écouter.
Passala:
J'ai tout entendu. Si Réséda continue à semer la bisbille, nous ne réussirons jamais. Nous devons être solidaires, mais je vois que ma voisine n'est pas encore sortie. Je vais l'appeler en grattant à sa porte; il ne faut pas donner l'éveil à son mari.
Héléna:
Pardonnez-moi , j'étais en train de lacer ces saletés de sandales, quand je t'ai entendue tapoter du doigt. Pas facile de filer avec mon mari à la maison. À peine rentré, le voilà qui se met à l'aise et qui réclame son dîner à tue-tête.
Alcména:
Ce n'est pas mieux chez moi. Pour sortir, je devais passer par l'entrée. Mon homme était planté comme toujours devant la porte, absorbé par les déboires de la famille voisine.
Phylloxera:
Alors, pas de problème ?
Alcména:
Il est doué de double vue. Il peut observer attentivement les scènes de ménage d'à côté et surveiller dans le même temps tous mes mouvements.
Passala:
Quant au mien, je ne sais pas si j'ose vous dire ce qu'il fait. J'ai dû verser la forte dose de somnifère dans son vin résiné pour avoir ce qu'il fallait de paix. J'ai pu lui piquer ses habits et m'esquiver.
Phylloxera:
Moi, je n'ai pas ce genre de problème. Il rentre, se jette sur le lit en disant: "Quelle journée, je suis crevé !"... Vous devez l'entendre ronfler d'ici.
Passala:
Asseyez-vous que je vérifie si toutes les consignes que nous avons décidées ont bien été respectées... Phylloxera !
Phylloxera:
J'ai mis au placard mon rasoir il y a deux mois. J'ai les jambes poilues comme celles d'un bouc.
Passala:
Héléna !
Héléna:
Je ne m'épile plus la moustache depuis belle lurette. J'ai bientôt des bacchantes dignes de Dionysos.
Passala:
Réséda !
Réséda:
Je n'utilise plus ma crème de nuit, ni celle de jour. J'ai la peau rêche comme celle d'un vieux débris.
Alcména:
Je me suis mise au au soleil tous les jours. Je ressemble plus à un loup de mer du Pirée qu'à une oie blanche. Et toi, Passala ?
Passala:
Oh... moi ? Je me suis frictionné la figure avec de l'alcool. J'ai la bobine craquelée comme celle d'un vieillard cacochyme. Avez-vous bien caché les autres vêtement de vos époux pour qu'ils ne puissent pas sortir si l'envie les prenait ?
Toutes:
Oui !
Passala:
Avez-vous toutes trouvé une barbe postiche ?
Phylloxera:
La mienne ne déparerait pas la frimousse de Zeus soi-même.
Héléna:
J'ai choisi un petit bouc. Ça du meilleur effet avec ma moustache.
Réséda:
Diogène ne renierait pas le mienne.
Alcména:
J'en ai prise une rousse qui fait plus mâle
Passala:
J'ai opté pour un modèle blond. J'adore les hommes blonds. Bien ! Nous sommes parées pour nous introduire à l'Assemblée.
Phylloxera:
Je suis fin prête. J'ai pris avec moi ma broderie pour ne pas m'endormir pendant les débats.
Passala:
Qu'as-tu dit ?
Phylloxera:
Ben quoi ! J'ai pris ma broderie.
Passala:
Phylloxera ! Cela fait deux mois que nous nous entraînons à paraître plus mâles que nos hommes pour donner le change à l'Assemblée et tu prends ta broderie ! Si nous voulons résoudre les affaires de l'État, ce n'est pas en brodant que nous y parviendrons.
Phylloxera:
Tiens, sa m'a échappé.
Réséda:
Il faut dire que Phylloxera et penser, ça fait deux.
Phylloxera:
Tu veux que je te la passe avaler, ma broderie ?
Passala:
Mesdames, Mesdames ! Si nous commençons à nous disputer, l'affaire est fichue. Phylloxera ! Mets ta barbe et répète ton rôle.
Phylloxera:
J'ai soif !
Héléna:
Qu'est-ce que tu dis ?
Phylloxera:
J'ai soif. Ne faut-il pas boire avant de parler?
Héléna:
Quelle drôle d'idée !
Phylloxera:
Les hommes qui siègent à l'Assemblée boivent forcément avant de parler, sinon ils ne diraient pas autant de bêtises et il faut bien qu'ils soient complètement ronds pour prendre certaines de leurs décisions.
Réséda:
Moi, je ne veux pas boire. Mon foie ne le supporte pas.
Passala:
Je ne suis pas certaine que vous vous fassiez une juste image des choses. Alcména, à toi !
Alcména:
Messieurs, les affaires vont mal. Je ne supporte plus les scènes de ménage de mes voisins. Je le dis souvent à mon mari.
Héléna:
Ah...Bravo !
Alcména:
C'est bien, hein ?
Héléna:
Très bien ! Tu es sensée être un homme et tu en parles à ton mari !
Alcména:
Oh... tu sais... aujourd'hui on en voit de drôles.
Passala:
Réséda, vas-y.
Réséda:
C'en est assez ! La morosité et la déprime vous obstruent les mirettes au point que vous voyez tout en noir. Voilà le plus grand malheur de la République.
Passala:
C'est à des hommes que tu parles ! Si tu continues, nous serons découvertes avant d'avoir pu faire quoi que ce soit. Héléna, c'est ton tour.
Héléna:
Messieurs, j'attire toute votre attention. Je suis membre de plein droit de cette assemblée et je vous dis que je suis tourneboulé, accablé par votre conduite politique. Elle est gangrenée. Je constate qu'elle donne les leviers de commande aux moins efficaces. S'il y en a un qui se comporte bien pendant un jour, il accumule les bévues pendant les dix suivants. On passe les responsabilités à un autre ? Il fera encore pire. N'y a-t-il donc pas d'homme capable de gouverner dans la République ? Faudra-t-il que les femmes s'en mêlent plus qu'aujourd'hui ?
Phylloxera:
Bravo, ma belle ! Ça, c'est envoyé !
Passala:
Sauf que tu lui dis: ma belle ! Tu vois l'effet si nous étions à l'Assemblée ?
Phylloxera:
Nous n'y sommes pas encore.
Passala:
Autant l'habituer tout de suite à ne pas commettre ce genre de bourde. Messieurs, je vous le demande: qui gouverne ici ? Les hommes d'État ou les groupes de pression ? Qui détient
le pouvoir ? Tous les citoyens ou seulement ceux qui tiennent les leviers d'une économie chancelante ?
Phylloxera:
Super, mec ! T'es un homme, toi !
Passala:
C'est mieux, mais n'en fais quand même pas trop.
Bruit dans la maison de Passala.
Héléna:
Passala, entends-tu ce bruit ?
Passala:
Mon mari s'apprête à sortir ! Filons !
_ _ _
Ioannès sort de chez lui. Il est habillée en femme.
Ioannès:
Si je tenais ma gourgandine de femme !... Ne voilà-t-il pas que je me suis endormi et que je me réveille allongé sur mon lit, nu comme la vérité la plus vraie. Le vin résiné ne me fait pas cet effet-là d'habitude. Je constate qu'il est l'heure d'aller à l'Assemblée et ne trouve aucun de mes vêtements. Non mais... visez-moi cette allure !... Pourvu que je ne rencontre personne. Je vais voir si Xanthos, mon voisin, n'a pas quelque chose à me prêter.
Il tape à la porte de Xanthos.
Ioannès:
Est-il déjà parti à l'Assemblée ?
Xanthos:
Il n'y a personne !
Ioannès:
Comment cela, personne ?
Xanthos:
Personne ! Je vous dis qu'il n'y a personne !
Ioannès:
Qui me répond alors ?
Xanthos:
Quelqu'un d'autre.
Ioannès:
D'autre que qui ?
Xanthos:
D'autre que moi.
Ioannès:
Mais qui parle ?
Xanthos se penche à la fenêtre.
Xanthos:
D'abord, Madame, je ne vous connais pas. Je n'ai besoin de rien quoi que vous vendiez.
Ioannès:
Je ne vends rien. C'est moi, crétin !
Xanthos:
(à part) Si cette poule me traite de crétin, c'est qu'elle me connaît bien. Serait-ce Séléna ? Non, elle est trop grande... Galata ? Trop enveloppée... La Grosse Cassandra ?... Ses cheveux sont trop cours.
Ioannès:
C'est moi, je te dis!... Moi, Ioannès, ton voisin !
Xanthos:
Mon voisin Ioannès ? Ma parole, le voilà qui marche à voile et à vapeur.
Ioannès:
Vas-tu me répondre , Xanthos, oui ou zut ? J'ai besoin de toi.
Xanthos:
Besoin de moi ? Ah non ! Je ne mange pas de cette sorte de potage. Je sais à quelle allure je vais, moi. Je ne guigne pas à gauche autant qu'à droite, moi !
Ioannès:
Es-tu devenu complètement idiot ou fais-tu exprès ?
Xanthos:
Attends ! Ioannès, vas-tu masqué ou as-tu vraiment tourné casaque ?
Ioannès:
Descends et tu verras imbécile.
Xanthos:
C'est que je tiens à ma vertu.
Ioannès:
Xanthos, si tu n'es pas en bas dans quinze secondes, je te fais une grosse tête.
Xanthos:
(à part) Je crois qu'il est toujours le même. J'arrive, mais recule de cinq pas, on ne sait jamais.
Xanthos quitte la fenêtre.
Ioannès:
Quel empoté ! Est-ce qu'on perd sa virilité parce qu'on est en robe ? Les magistrats qui ont une robe sont-ils tous des travestis quand ils gouvernent ?... Encore que... j'en connais un ou deux ...
Xanthos est derrière sa porte.
Xanthos:
Ioannès, tu as bien reculé de cinq pas ?
Ioannès:
Oui !!!
Xanthos:
Tu ne bougeras pas ?
Ioannès:
Non !
Xanthos:
Es-tu sûr que tu es bien toi-même ?
Ioannès:
Oui, oui et oui !
Xanthos:
N'y a-t-il personne qui vienne dans la rue ?
Ioannès:
Personne !
Xanthos:
Bon !... Je viens.
Xanthos sort de chez lui. Il est aussi habillé en femme.
Ioannès:
Xanthos,... toi aussi ?
Xanthos:
J'ai un problème.
Ioannès:
(minaudant et avançant en chaloupant) Maintenant que je suis là, tu n'en as plus.
Xanthos:
Reste où tu es ! Je ne trouve plus mes habits.
Ioannès:
La belle excuse !... Sais-tu que tu es mignonne, ma grande ?
Xanthos:
Si tu fais encore un pas, je te fends le crâne !
Ioannès:
Calme-toi. Je te fais marcher et tu galopes.
Xanthos:
Tu dis ça.
Ioannès:
Je dis ce qui est. Que t'est-il arrivé ?
Xanthos:
Je rentre à la maison. Je me mets à l'aise et à table. Mon repas fini, je veux m'habiller pour aller à l'Assemblée et je ne trouve plus que les vêtements de ma femme.
Ioannès:
Il m'arrive exactement la même aventure et je venais te demander ton aide.
Xanthos:
Nous voilà beaux.
Ioannès:
Belles, veux-tu dire !
Xanthos:
Je t'en prie, ne recommence pas.
Ioannès:
Qu'allons-nous faire ?
Xanthos:
Rendons-nous chez Démétrios, le mari d' Alcména et demandons-lui quelque chose à nous mettre sur le dos.
Ioannès:
Et si nous rencontrons quelqu'un ?
Xanthos:
Par Zeus, ne parle pas de malheur.
Zeus, Ioannès, Xanthos, Héra
Zeus:
On m'a appelé?
Ioannès:
Qui c'est celui-là ?
Xanthos:
Je n'en sais rien, je ne le connais pas plus que toi.
Zeus:
Quelles belles matrones nous avons là ?
Ioannès:
Qu'est-ce qu'il dit ?
Zeus:
C'est une charmante, c'est beauté-là !
Ioannès:
Hé! Ça va pas, non ?
Zeus:
La nuit est bientôt tombée. Vous n'allez pas la passer toute seule ?
Ioannès:
Mais voulez-vous me lâcher ?
Zeus:
Elle résisterait cette mignonne ! J'adore les femmes qui commencent à
me résister.
Ioannès:
Comment ça qui commencent ?
Zeus:
Allez, ma chérie, ne te fais pas plus farouche que tu n'es.
Ioannès:
Mais il est fou ! Au secours !
Zeus aperçoit Xanthos.
Zeus:
Oh ! Mais celle-là n'est pas mal non plus !
Xanthos:
Pas touche !
Zeus:
Allons, allons... Elles sont toutes pareilles. Elles protestent et puis...
Xanthos:
Et puis quoi ?
Zeus:
Viens ici que je goûte à tes lèvres purpurines.
Xanthos:
Ah non, ah non, ah non ! Je ne suis pas ce que vous croyez.
Zeus:
Tu es une femelle qui va me tomber dans les bras comme toutes les autres.
Xanthos:
Rien du tout !... Cessez de me tripoter, vieux dégoûtant.
Zeus tient Xanthos et Ioannès.
Ioannès:
Lâchez-moi ou j'appelle.
Zeus:
Deux à la fois, c'est encore meilleur.
Xanthos:
Si vous ne laissez pas mon bras tranquille, je vous envoie un coup de boule.
Zeus:
Attention ! On ne me menace pas.
Ioannès:
Ça suffit obsédé !
Zeus:
Quoi ?
Xanthos:
Il a raison. Vous n'êtes qu'un vieux débris lubrique et vous allez nous foutre la paix.
Zeus:
Vous ne savez pas qui vous insultez ainsi, pauvres vermisseaux humains, répugnants lombrics terrestres. Par Rhéa, la mère du roi des dieux, vous allez voir de quelle foudre je me chauffe.
_ _ _
Coryphea:
Coucou, c'est encor(e) moi. / je dois vous dir(e) la suit(e).
Sachez qu'en ce temps-là, / dans les rues cohabit(ent),
Des bandes de gamins, / des troupes de gamin(es),
Réunis par le cœur / ou par leur mauvais(e) min(e).
Les plus féroc(es) de tous / restent les Amazones,
Jeunes filles perdu(e)s, / de l'embrouill(e) les championn(es),
Terrorisant les uns, / les autres arnaquant,
Elles sont une plaie / pour la plupart des gens.
Le petit Philippos / est leu souffre-douleur.
Il ne vit que de trouill(e), / d'angoiss(e) et de terreur.
Au publique.
Dites donc, vous, là-bas, au quatrième rang,
Voulez-vous m'écouter ? / Ce n'est pas en dormant
Que vous saurez l'intrigue ! /Il roupille, il somnole,
Il ronfle et il ronronne ! / Il s'en fout, ma parole !
Si c'était pour rêver, / il fallait, malappris,
Rester à la maison, / regarder Dynastie.
Elle recule.
Enfin, vous allez voir / ce que vous allez voir:
Son pote Aristidès, / un fameux combinard,
À remonter la pent(e), / va tenter de l'aider.
C'est chou, c'est du joli ! / Que c'est beau l'amitié !
Mais avant, il me faut, / hé, bande de vernis,
Vous danser langoureuse, / un petit sirtaki.
_ _ _
Philippos:
Au secours !... À moi !... Quelqu'un pour me sauver !... Je leur ai échappé mais combien de temps ? Une heure ? Une minute ?... Je suis déjà mort !... Plus d'espoir !... Elles vont m'avoir, c'est sûr ! Allez-vous m’ouvrir ?... C’est un condamné en sursis qui vous supplie de lui venir en aide !... Elles me suivent… Ouvrez cette porte que je me réfugie quelque part !... Encore une seconde... un dixième de seconde et vous aurez mon supplice sur la conscience !... Vous ne pouvez pas rester indifférents à la détresse d’un enfant… d’un enfant si beau que c’est une vraie catastrophe de l’imaginer défiguré, réduit à l’état de bouillie sanglante !... Et, en plus, ça salira le seuil de cette fichue porte qui ne s’ouvre
pas !... (Se fâchant) vous n’avez aucun cœur ou quoi ?... Le massacre d’un garçon aussi intelligent que moi ne vous émeut même pas ? (Montrant son cœur) Ce n’est pas une pierre que vous avez là, c’est un rocher dur comme… comme de la pierre !
Aristidès s’approche.
Philippos :
C’est sans espoir, je suis fichu !... Je fais don de ma toupie à mon ami Aristidès, bien qu’il ait un sale caractère. Je lègue la pièce de monnaie qui me reste à… à quelqu’un… à Aristidès, Parce que, aussi, il n’a jamais un rond. Et pendant qu’on y est, je lui cède tout le reste en héritage… c’est-à-dire rien, vu que je lui ai déjà donné tout ce que j’ai.
Aristidès se penche sur Philippos et lui touche l’épaule.
Philippos :
Ah !... Ça y est, c’est la fin !... Tuez-moi, écrabouillez-moi et même… tapez-moi, mais vite, qu’on en finisse !
Aristidès :
Hé, Philippos… qu’est-ce que tu as ?
Philippos :
(sans voir Aristidès) Un, oui c’est moi. Deux, je suis pressé.
Aristidès :
Philippos, c’est Aristidès !
Philippos :
Comme vous voudrez, mais achevez-moi rapidement.
Aristidès :
Ho, Philippos, je te dis que c’est moi.
Philippos :
C’est toi… tu es sûr ?
Aristidès :
Évidemment que j’en suis sûr, je sais quand même qui je suis.
Philippos :
On dit ça, on dit ça et puis on est quelqu’un d’autre.
Aristidès:
Vas-tu me tourner la tête, bougre de cinglé !... Là, tu le vois que c'est moi.
Philippos:
Tu es mort aussi ?
Aristidès:
Tu dérailles complètement.
Philippos:
Alors, elles t'ont eu comme moi ?
Aristidès:
Qui ?
Philippos:
Celles qui m'ont trucidé.
Aristidès:
Qui d'a trucidé ?
Philippos:
Les mêmes que toi.
Aristidès:
Personne ne m'a trucidé.
Philippos:
Tu es sûr ?
Aristidès:
Oui.
Philippos:
Vraiment ?
Aristidès:
Tu m'énerves !
Philippos:
Donc je vis encore comme toi ?
Aristidès:
Oui !
Philippos:
Ouf !... Je ne l'aurais pas cru.
Aristidès:
Vas-tu me dire ce qui n'a fichu une telle trouille ?
Philippos:
Je revenais tranquillement chez mois.
Aristidès:
Et alors ?
Philippos:
Elles étaient là, elles m'attendaient.
Aristidès:
Qui ?
Philippos:
Celles qui veulent me taper dessus, celle qui m'embêtent tout le temps, celles qui me piquent mes ronds, celles qui me tirent les cheveux, celles qui me bottent les fesses, celles qui me tirent les oreilles, celles qui m'écrasent les doigts de pied, celle qui me jettent des cailloux, des choux pourris, des ordures, des vers de terre, de la terre, de la boue, des bouses... les Amazones !
Aristidès:
La bande de filles qui s'appelle les Amazones ?
Philippos:
Elles-mêmes.
Aristidès:
Tu as peur d'une bande de filles ?
Philippos:
Les Amazones !
Aristidès:
Philippos ! Tu n'as pas honte: trembler devant des filles ?
Philippos:
Parce que toi, les Amazones, elles ne te font pas peur ?
Aristidès:
Évidemment non !
Bruit dans les coulisses.
Philippos:
Ah !... Les voilà !
Aristidès:
Tu vas voir ce que j'en fais, moi, de tes Amazone.
Aristidès parle en sortent.
Aristidès:
Hé, les filles ! Venez voir là si j'y suis ! Je vais vous apprendre à vivre, moi, bande de tarées ! Remuez vos gros derrières que j'y imprime les semelles de mes godasses !
Philippos:
C'était un on copain, quand même !... Bon, il avait des défauts, comme tout le monde, mis des défauts tout petits: il était menteur, voleur, crâneur, floueur, chipeur, tapeur, trompeur, péteur, fouetteur, accusateur, agitateur, blasphémateur, calculateur, calomniateur, conjurateur, conspirateur, délateur, dépravateur, dictateur, dominateur, dissipateur, flatteur, gâteur, chahuteur, tentateur, disputeur, rapporteur, flatteur, gâteur, chahuteur, tentateur, disputeur, rapporteur... bref, c'était un emmerdeur, mais des bons copains comme ça, on n'en fait plus !... Ça me fera quelque chose de ne plus l'avoir sur le poil à journée faite. (Imitant Aristidès) Philippos, j'ai faim, va me chercher une figue !... Philippos, j'ai soif, cours et ramène de l'eau !... Philippos, je m' ennuie, joue aux osselets avec moi !
Aristidès entre, comme projeté sur scène, son habit en loques.
Aristidès:
Ah, les garces ! Elles mont pris par surprise !
Philippos:
Ça va ?
Aristidès:
J'en avais matée quelques-uns. À quinze, elles me sont tombées dessus.
Philippos:
Il y en a autant ?
Aristidès:
Ratafia, une. Galimatia, deux. Galabia, trois. Catalpa, quatre. Sparara, cinq.
Sassafras, six. Diacona, sept. Plus Ratafia, Galimatia, Galapia, Catalpa, Sparadra, Sassafra et Diacona, quatorze, et Ratafia, Galimatia, Galapia, dix-sept.
Philippos:
C'est marrant, je n'en voyais pas autant.
Xanthos ouvre sa porte.
Xanthos:
C'est pas bientôt fini ce raffut ? Il y a des gens qui aimeraient bien se reposer.
Philippos:
Oui, Madame.
Xanthos:
Qu'est-ce que tu as dit, fils de moins que rien ?
Philippos:
Oui, Madame... on s'en va, Madame.
Aristidès:
Dites donc, la mémère, on vous dérange peut-être ?
Xanthos:
Tu veux mon pied aux fesses, vaurien ?
Aristidès:
Faudrait encore pouvoir lever la jambe, la vieille !
Xanthos fait mine de leur botter le derrière. Ils s'enfuient.
- - -
Héra:
C'est pas trop tôt !
Zeus:
C'est surtout très haut.
Héra:
Dis donc, machin, t'as remuer tes grosses fesses.
Zeus:
Héra, tu as beau être mon épouse et, par le fait, la reine des dieux, tu pourrais avoir un peu plus de respect pour ton roi.
Héra:
Le roi de quoi ?
Zeus:
Le roi des...
Héra:
Ouais, tu l'as dit bouffi, le roi des...
Zeus:
Doucement mon Héra, ma douce. Je les commandes encore tous
Héra:
Tu commandes une bande de tarés qui n'ont plus de pouvoir.
Zeus:
Ne m'énerve pas ou je lance ma foudre.
Héra:
Parlons-en de ta foudre. La seule chose que tu es encore capable de faire c'est détraquer le temps.
Zeus:
Le temps... le temps... Que veux-tu ma bonne, c'est le temps qui passe et qui émousse toutes choses.
Héra:
Si c'est la faute du temps, tu n'as qu'à lui ordonner de se secouer.
Zeus:
Qui ?
Héra:
Chronos, pardi, le dieu du temps.
Zeus:
Il est bien vieux.
Héra:
Hé oui, le temps passe, mais tu te dégonfles, vieille outre. Appelle-le et remets-le à l'ordre.
Zeus:
Tu crois ?
Héra:
Mais remue-toi, enfin !
Chronos:
Ouais ???
Zeus:
Que fais-tu là-dessous ?
Chronos:
Ça te regarde ?
Héra:
Sais-tu à qui tu parles ou le vin t'a-t-il définitivement brouillé l'esprit ?
Chronos:
Ouais ???
Héra:
Il est complètement beurré.
Zeus:
Comment veux-tu que j'en fasse façon, moi, de ces tarés ?
Héra:
Tu vas voir !... (hurlant) Chronos !
Chronos:
Ouais ???
Héra:
Ton roi te parle !
Chronos:
Il a viré à gauche mon bon dieu de roi ? Ça ne m'étonne pas... déjà qu'il avait des tendances...
Zeus:
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Héra:
Rien d'important.
Chronos:
Dites donc, la petite mère, c'est pas pour râler, mais on ne dérange pas Chronos pour des clous. J'ai des occupations moi. Faut que j'aille régler la cle... la cleps...
Zeus:
(à Héra) Que veux-t-il faire à Cerbère ?
Chronos:
Le cleps... sydre.
Héra:
(à Zeus) Je ne comprends pas un mot des ses élucubrations.
Zeus:
Il parle d'un clebs et de cidre. Comme il vient d'en bas, ça doit vouloir dire que Cerbère a bu du cidre et qu'il est fin paf.
Chronos:
Mais non, mon petit dieux de roi ! Je dois aller régler la clepsydre, l'horloge du temps.
Héra:
Deuxième partie
Scène 1: Héra, Zeus, Chronos brièvement, puis Héphaïstos.
L'orage fait rage, l'Olympe reste dans l'ombre.
Héra:
Cette fois, c'est le sommet.
Zeus:
Évidemment, ma chouchoutte, nous sommes au sommet... comme toujours.
Héra:
C'est le sommet du comble... si je me fais bien comprendre.
Zeus:
Oui, mon colibri.
Héra:
Encore un nom d'oiseau et je te fais une grosse tête.
Zeus:
Oui, ma puce.
Héra:
Qu'est-ce que j'ai dit ?
Zeus:
Une puce, ce n'est pas un oiseau.
Héra:
Je suis la plus grande, je domine le monde mentier et il m'appelle sa puce !!!
Zeus:
C'est une petit peau d'amour.
Héra:
Je n'ai pas besoin d'amour, mais d'une lumière et d'une pèlerine.
Zeus:
Je crois que c'est un fusible qui a pété.
Non ???... Penses-tu. Et bien, fais quelque chose !
Zeus:
Quoi, ma Reine ?
Héra:
Change le fusible, crétin.
Zeus:
Je ne sais pas.
Héra:
C'est l'être le plus puissant de l'univers et il ne sait même pas changer un fusible.
Zeus:
Si Héphaïstos était là, il réglerait le problème en un rien de temps.
Apparition de Chronos.
Chronos:
Ouais ???
Héra:
Qui t'a sonné ?
Chronos:
On a bien appelé le temps ?
Héra:
Sais-tu changer un fusible ?
Chronos:
Un quoi ?
Héra:
Aussi nul que l'autre !... Couché !
Chronos disparait.
Zeus:
Ah.... si Héphaïstos était là !
Héra:
Fais-le venir.
Zeus:
Comment ?
Héra:
Le "téléphonos" c'est pas pour les dieux peut-être ?
Zeus:
Tu crois qu'il fonctionne encore ?
Héra:
Essaie empoté, tu verras bien.
Zeus décroche le combiné.
Zeus:
"Allos" ?... C'est le "standardos ?... Ça marche.
Héra:
J'entends bien que ça marche.
Zeus:
"Allos"... Comment... Parlez plus fort, nous n'entendons rien... C'est toi, Mnémosyne ? Comment vont les petites muses ?... Passez-nous Héphaïstos et que ça saute.
Héra:
Qui va sauter qui ?
Zeus:
Héphaïstos... c'est nous ... Comment "qui ça "nous"... Y a-t-il plus "nous" singuliers ici ?
Héphaïstos apparaît.
Zeus:
(à Héra) Voilà, ma bonne, il n'y a plus qu'à attendre.
Héphaïstos:
Qu'est ce que tu veux ?
Zeus:
Ah !!!... Tu nous as fait peur.
Héra:
Le roi des dieux qui a peur de son ombre.
Héphaïstos:
Dites donc, roi des dieux, j'ai du boulot, moi, c'est en forgeant qu'on devient Héphaïstos. Héphaïstos je suis, forgeron je reste.
Zeus:
Il faudrait changer les fusibles de l'Olympe qui ont pété.
Héphaïstos:
Quoi ?... Vous dérangez Héphaïstos pour ça, vous ne pouvez pas les changer vous-même vos fusibles ?

Héra:
Quel sale temps ! C'est pas vrai, une chose pareille. Avec ça, mon brushing va être fichu...
Nom de Zeus !
Zeus:
Oui, ma poulettes ?
Héra:
Cesse de m'appeler "ma poulette", ça fait d'un distingué pour la femme du roi des dieux.
Zeus:
Pardonne-moi, Héra. L'Olympe n'est plus ce qu'il était.
Héra:
C'est quoi toute cette pluie ?
Zeus:
Un petit orage, un tout petit orage, ma colombe.
Héra:
Je ne suis ni ta poulette, ni ta colombe. Je suis la reine des...
Zeus:
La reine des quoi, ma nymphe ?
Héra:
Il m'agace, mais il m'agace ! La reine des dieux !... Alors, cet orage ?Je parie que tu as encore joué avec ta foudre.
Zeus:
Je ne joue pas avec ma foudre. Je la lance pour punir les hommes ou les dieux.
Héra:
C'est ça ! Et une fois sur dix, tu rates ton coup et c'est mon brushing qui en prend pour son grade.
Zeus:
Ma chère, tu es injuste. J'agis comme je peux.
Héra:
Le fait est que tu peux peu.
Zeus:
"Peux peu" ?
Héra:
Tu sais très bien ce que je veux dire.
Zeus:
Est-ce ma faute à moi, si le pouvoir des dieux diminue de siècle en siècle ?
Héra:
C'est de la mienne peut-être.
Zeus:
Chouchoute ! Même moi, Zeus le G, je n'ai pas le pouvoir de m' opposer au destin.
Héra:
C'est bien les hommes ça... enfin... c'est bien les dieux. "C'est pas ma faute, j'ai pas fait exprès, c'est le destin. Si tu avais écouté plus souvent l'oracle,la Pythie de Delphes, tu saurais ce qu'il te dit le destin.
Zeus:
D'abord, la Pythie, on ne comprend pas ce qu'elle dit.
Héra:
Quand on est futé comme toi, ça n'a rien d'étonnant. Fais un peu marcher tes cellules grises.
Sonnerie de téléphone.
Zeus:
Héra, ma douce... es-tu certaine que c'est bien une façon de parler au roi des dieux ?
Héra:
Si tu crois que tu m'impressionnes encore toi et ta foudre qui ressemble à un pétard mouillé !
Nouvelle sonnerie de téléphone.
Héra:
Hé, roi des dieux !... "Telephonos" !
Zeus décroche.
Zeus:
"Allos" ? ... Oui, nous-même !
Héra:
Prétentieux !
Zeus:
Je vous entends très mal. Il y a de la friture sur la ligne.
Héra:
Évidemment, à force de jouer avec ta foudre.
Zeus:
Parlez plus fort !... Non... je dis: parlez plus fort !
Le correspondant hurle dans l'appareil. Zeus écarte le combiné.
Zeus:
Pas si fort !... Comment ?... (à Héra) Il me dit: "Faudrait savoir !"... Non mais, mon ami, savez-vous à qui vous parlez ?... C'est de la part de qui ?... Comment ?... Ah, c'est Hermès ! Articule, mon vieux ! Oui Hermès, c'est nous... Oui, Hermès... non Hermès ! (À Héra) C'est Hermès, le messager des dieux.
Héra:
Non !!!
Zeus:
Nous t'écoutons !... Quoi Hercule ? Nous ne le connaissons pas celui-là !... Ah, Héraclès ? Parle grec enfin ? Qu'est-ce qu'il a fait, Héraclès ?... Non ? Encore ?... Mais, nous allons finir par le foudroyer, nous !
Héra:
Ah non ! Ça suffit comme ça ! Tu vas encore détraquer le temps.
Zeus:
Oui !... Oui !... Oui, oui, oui !... Non ?!?... Oui !... Oui, oui, oui,oui !... Non ?!?... Fais-le venir immédiatement !... Voulons pas le savoir ! Immédiatement ?
Zeus raccroche rageusement.
Zeus:
Héraclès a de nouveau eu des problèmes.
Héra:
Il les collectionne.
Zeus:
Il me pompe l'air... oui !
On entend frapper à une porte.
Zeus:
Ben, tu vois: il y a encore deux siècles, il aurait enfoncé la porte en tapant comme ça.
Héra:
Ça fait combien de temps qu'il n'a plus fait des pompes ?
Zeus:
Allez savoir.
Héra:
C'est pas étonnant qu'il n'ait plus d'abdominaux !
Nouveaux coups à la porte.
Zeus:
Et bien entre, quoi !
Héraclès entre.
Héraclès:
Falut, Papa !
Zeus:
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Héraclès:
V'en ai encore pris plein la poire !
Zeus:
Et te abdominaux ?
Héraclès:
V'ai oublié.
Zeus s'approche d'Héraclès et le frappe en cadence.
Zeus:
M'est qu'est-ce qui nous a une lavette pareille ? Tu vas te secouer, gros tas, ou est-ce que nous avons devoir nous fâcher ?
Héraclès:
V'y peut rien, f'est le Deftin.
Héra:
Il a bon dos, celui-là ! Ce n'est pas le destin qui va entretenir tes muscles.
Héraclès:
Quand ve fuis en bas, v'y penfe plus.
Zeus:
Nous ne pouvons quand même pas envoyer ce... enfin... cette... de Ganymède ou ce tordu d'Héphaïstos accomplir les travaux d'Héraclès.
Héraclès:
Oh non, v-v-v... f-f-f... F'est pas fafile de prononfer ton nom avec deux dents caffées: ve-uf... fe-uf...
Va pourrais pas t'appeler Vupiter ?
Zeus:
À non ! Nous avons horreur qu'on nous parle latin.
Héra:
Dis-lui, Machin ! On point où en est.
Héraclès:
O.K. mafin, tu ne peux pas faire fa !
Zeus:
D'abord, tu me dis,vous. J'y tiens. Nous sommes le roi, tout de même. Ensuite, c'est nous qui décidons.
Héraclès:
Fi v'ai plus de travaux à faire, v'ai plus qu'à me flinguer.
Héra:
(à Zeus) Laisse-lui encore une chance.
Zeus:
Si c'est toi qui le demandes, ma biche...
Héra:
J'avais bien entendu. Je croyais que tu réservais cette image à cette gourgandine d'Artémis.
Zeus:
Qu'est-ce que tu crois ? Tu te fais des idées, mon idole !
Héra:
Ah oui ? Quand elle passe en petite tenue, que tu lui cours après, que vous vous cachez dans les bosquets et que tu reviens soufflant comme un phoque, je me fais des idées ?
Héraclès:
Ve vous déranve pas, là ?
Zeus:
Toi, va voir chez Héphaïstos si j'y suis et fais-lui réparer tes dents... tu m'énerves.
Héraclès:
Oh non, pas Héphaiftof ! Il va me faire mal avec fes groffes tenailles.
Zeus:
Fez Héphaiftof... Chez Héphaïstos et que ça saute.
Héraclès:
F'est un ordre ?
Zeus:
C'en est un !
Héraclès:
Fûr ?
Zeus:
Fûr
Héraclès sort en bougonnant.
Héraclès:
Héphaiftof, f'est rien qu'une brute ! Qu'est-fe que ve vais dégufter !
Sortie d'Héraclès.
Zeus:
Ma douce, oublions ce léger incident. Viens, je te paie un grand verre de nectar.
Héra:
Si tu crois que tu vas m'amadouer comme ça, tu te fourres le doigt dans l’œil.
Zeus:
Mon oiseau des îles... grecques... un grand verre de nectar !
Héra:
Soit, mais ne t'avises plus de me parler de biche ou de fréquenter cette catin d'Artémis.
Zeus:
Oui, ma bi..., ma belle, promis !
_ _ _
Coryphea:
Je suis à moi tout(e) seul(3), / et chœur et coryphée,
Pour bien vous éclairer, / je dois vous expliquer
Le déroul(e)ment des faits, / l'action et l'argument
Je vous démontre tout./Je cause en vers,... vraiment.
Elle prend une pose de tragédienne classique.
En haut siègent les dieux, / en bas sont les humains.
Les uns sont fatigués, / les autres plus malins.
Le puissant roi des dieux, / sur son Olymp(e) perché,
Tenait en son bec un cigare.
Elle réfléchit.
Qu'est-c(e) que j(e) raconte là ?
J(e) me suis gourée, ma foi!
Je dis n'importe quoi / et l'on va me virer
Si j'oublie mon test(e), / pourtant bien rédigé.
Reprenant sa pose.
Le puissant roi des dieux, / sur son Olymp(e) perché,
A perdu son pouvoir, / est tout désemparé.
Son épous(e), c'est Héra, / vous l'avez deviné.
Elle porte le culott(e) / et dirig(e) toutes chos(es),
Quand à Zeus le paumé, /plus rien, jamais, il n'os(e).
Héraclès est son fils, / Hercul(e) chez les Romains.
Il est grand, il est beau, / mais n'a plus dans ses mains,
La puissanc(e) et la forc(e) / qui le caractérisent.
Et portant, chaque fois, / son regard m'électris(e).
S'il ne me rend pas folle, / ni ne m'échauff(e) le sang,
C'est que, décidément, /rien n'est plus comm(e) avant.
Dans la scène suivant(e), / vous pourrez constater,
Que le sens politiqu(e)... / aux femm(es) est réservé.
Et pour passer le temps, /je veux bien vous danser,
Un petit sirtaki / plus ou moins endiablé.
Elle danse et chante éventuellement.
_ _ _
Passala, épouse de Ioannès sort de chez elle. Elle et habillée en homme, comme le seront Alcména, Héléna, Réséda et Phylloxera.
Passala:
J'espère que ces dames n'ont pas oublié le serment que nous avons fait... Je n'en vois aucune. Elles devraient pourtant être là. La séance de l'Assemblée va bientôt commencer... Qu'est-ce qui a bien pu se passer ?... Peut-être qu'elles n'ont pas pu se procurer les barbes postiches qu'on avait dit d'avoir ou bien c'est pour chiper en cachette les frusques de leurs hommes. J'aperçois une ombre qui s'approche.
Héléna, Alcména et Réséda vêtues en hommes entrent.
Phylloxera:
En avant, Mesdames, nous allons être en retard.
Alcména:
Ne devons-nous pas attendre Passala ?
Réséda:
Celle-là...le jour où elle sera à l'heure, la circulation sera fluide sur l'Agora.
Alcména:
Ne devons-nous pas attendre Passala ?
Réséda:
Celle-là ! Le jour où elle sera à l'heure, la circulation sera fluide sur l'Agora.
Alcména:
Ne soyons pas pas mauvaises langues, d'autant plus qu'elle pourrait bien nous écouter.
Passala:
J'ai tout entendu. Si Réséda continue à semer la bisbille, nous ne réussirons jamais. Nous devons être solidaires, mais je vois que ma voisine n'est pas encore sortie. Je vais l'appeler en grattant à sa porte; il ne faut pas donner l'éveil à son mari.
Héléna:
Pardonnez-moi , j'étais en train de lacer ces saletés de sandales, quand je t'ai entendue tapoter du doigt. Pas facile de filer avec mon mari à la maison. À peine rentré, le voilà qui se met à l'aise et qui réclame son dîner à tue-tête.
Alcména:
Ce n'est pas mieux chez moi. Pour sortir, je devais passer par l'entrée. Mon homme était planté comme toujours devant la porte, absorbé par les déboires de la famille voisine.
Phylloxera:
Alors, pas de problème ?
Alcména:
Il est doué de double vue. Il peut observer attentivement les scènes de ménage d'à côté et surveiller dans le même temps tous mes mouvements.
Passala:
Quant au mien, je ne sais pas si j'ose vous dire ce qu'il fait. J'ai dû verser la forte dose de somnifère dans son vin résiné pour avoir ce qu'il fallait de paix. J'ai pu lui piquer ses habits et m'esquiver.
Phylloxera:
Moi, je n'ai pas ce genre de problème. Il rentre, se jette sur le lit en disant: "Quelle journée, je suis crevé !"... Vous devez l'entendre ronfler d'ici.
Passala:
Asseyez-vous que je vérifie si toutes les consignes que nous avons décidées ont bien été respectées... Phylloxera !
Phylloxera:
J'ai mis au placard mon rasoir il y a deux mois. J'ai les jambes poilues comme celles d'un bouc.
Passala:
Héléna !
Héléna:
Je ne m'épile plus la moustache depuis belle lurette. J'ai bientôt des bacchantes dignes de Dionysos.
Passala:
Réséda !
Réséda:
Je n'utilise plus ma crème de nuit, ni celle de jour. J'ai la peau rêche comme celle d'un vieux débris.
Alcména:
Je me suis mise au au soleil tous les jours. Je ressemble plus à un loup de mer du Pirée qu'à une oie blanche. Et toi, Passala ?
Passala:
Oh... moi ? Je me suis frictionné la figure avec de l'alcool. J'ai la bobine craquelée comme celle d'un vieillard cacochyme. Avez-vous bien caché les autres vêtement de vos époux pour qu'ils ne puissent pas sortir si l'envie les prenait ?
Toutes:
Oui !
Passala:
Avez-vous toutes trouvé une barbe postiche ?
Phylloxera:
La mienne ne déparerait pas la frimousse de Zeus soi-même.
Héléna:
J'ai choisi un petit bouc. Ça du meilleur effet avec ma moustache.
Réséda:
Diogène ne renierait pas le mienne.
Alcména:
J'en ai prise une rousse qui fait plus mâle
Passala:
J'ai opté pour un modèle blond. J'adore les hommes blonds. Bien ! Nous sommes parées pour nous introduire à l'Assemblée.
Phylloxera:
Je suis fin prête. J'ai pris avec moi ma broderie pour ne pas m'endormir pendant les débats.
Passala:
Qu'as-tu dit ?
Phylloxera:
Ben quoi ! J'ai pris ma broderie.
Passala:
Phylloxera ! Cela fait deux mois que nous nous entraînons à paraître plus mâles que nos hommes pour donner le change à l'Assemblée et tu prends ta broderie ! Si nous voulons résoudre les affaires de l'État, ce n'est pas en brodant que nous y parviendrons.
Phylloxera:
Tiens, sa m'a échappé.
Réséda:
Il faut dire que Phylloxera et penser, ça fait deux.
Phylloxera:
Tu veux que je te la passe avaler, ma broderie ?
Passala:
Mesdames, Mesdames ! Si nous commençons à nous disputer, l'affaire est fichue. Phylloxera ! Mets ta barbe et répète ton rôle.
Phylloxera:
J'ai soif !
Héléna:
Qu'est-ce que tu dis ?
Phylloxera:
J'ai soif. Ne faut-il pas boire avant de parler?
Héléna:
Quelle drôle d'idée !
Phylloxera:
Les hommes qui siègent à l'Assemblée boivent forcément avant de parler, sinon ils ne diraient pas autant de bêtises et il faut bien qu'ils soient complètement ronds pour prendre certaines de leurs décisions.
Réséda:
Moi, je ne veux pas boire. Mon foie ne le supporte pas.
Passala:
Je ne suis pas certaine que vous vous fassiez une juste image des choses. Alcména, à toi !
Alcména:
Messieurs, les affaires vont mal. Je ne supporte plus les scènes de ménage de mes voisins. Je le dis souvent à mon mari.
Héléna:
Ah...Bravo !
Alcména:
C'est bien, hein ?
Héléna:
Très bien ! Tu es sensée être un homme et tu en parles à ton mari !
Alcména:
Oh... tu sais... aujourd'hui on en voit de drôles.
Passala:
Réséda, vas-y.
Réséda:
C'en est assez ! La morosité et la déprime vous obstruent les mirettes au point que vous voyez tout en noir. Voilà le plus grand malheur de la République.
Passala:
C'est à des hommes que tu parles ! Si tu continues, nous serons découvertes avant d'avoir pu faire quoi que ce soit. Héléna, c'est ton tour.
Héléna:
Messieurs, j'attire toute votre attention. Je suis membre de plein droit de cette assemblée et je vous dis que je suis tourneboulé, accablé par votre conduite politique. Elle est gangrenée. Je constate qu'elle donne les leviers de commande aux moins efficaces. S'il y en a un qui se comporte bien pendant un jour, il accumule les bévues pendant les dix suivants. On passe les responsabilités à un autre ? Il fera encore pire. N'y a-t-il donc pas d'homme capable de gouverner dans la République ? Faudra-t-il que les femmes s'en mêlent plus qu'aujourd'hui ?
Phylloxera:
Bravo, ma belle ! Ça, c'est envoyé !
Passala:
Sauf que tu lui dis: ma belle ! Tu vois l'effet si nous étions à l'Assemblée ?
Phylloxera:
Nous n'y sommes pas encore.
Passala:
Autant l'habituer tout de suite à ne pas commettre ce genre de bourde. Messieurs, je vous le demande: qui gouverne ici ? Les hommes d'État ou les groupes de pression ? Qui détient
le pouvoir ? Tous les citoyens ou seulement ceux qui tiennent les leviers d'une économie chancelante ?
Phylloxera:
Super, mec ! T'es un homme, toi !
Passala:
C'est mieux, mais n'en fais quand même pas trop.
Bruit dans la maison de Passala.
Héléna:
Passala, entends-tu ce bruit ?
Passala:
Mon mari s'apprête à sortir ! Filons !
_ _ _
Ioannès sort de chez lui. Il est habillée en femme.
Ioannès:
Si je tenais ma gourgandine de femme !... Ne voilà-t-il pas que je me suis endormi et que je me réveille allongé sur mon lit, nu comme la vérité la plus vraie. Le vin résiné ne me fait pas cet effet-là d'habitude. Je constate qu'il est l'heure d'aller à l'Assemblée et ne trouve aucun de mes vêtements. Non mais... visez-moi cette allure !... Pourvu que je ne rencontre personne. Je vais voir si Xanthos, mon voisin, n'a pas quelque chose à me prêter.
Il tape à la porte de Xanthos.
Ioannès:
Est-il déjà parti à l'Assemblée ?
Xanthos:
Il n'y a personne !
Ioannès:
Comment cela, personne ?
Xanthos:
Personne ! Je vous dis qu'il n'y a personne !
Ioannès:
Qui me répond alors ?
Xanthos:
Quelqu'un d'autre.
Ioannès:
D'autre que qui ?
Xanthos:
D'autre que moi.
Ioannès:
Mais qui parle ?
Xanthos se penche à la fenêtre.
Xanthos:
D'abord, Madame, je ne vous connais pas. Je n'ai besoin de rien quoi que vous vendiez.
Ioannès:
Je ne vends rien. C'est moi, crétin !
Xanthos:
(à part) Si cette poule me traite de crétin, c'est qu'elle me connaît bien. Serait-ce Séléna ? Non, elle est trop grande... Galata ? Trop enveloppée... La Grosse Cassandra ?... Ses cheveux sont trop cours.
Ioannès:
C'est moi, je te dis!... Moi, Ioannès, ton voisin !
Xanthos:
Mon voisin Ioannès ? Ma parole, le voilà qui marche à voile et à vapeur.
Ioannès:
Vas-tu me répondre , Xanthos, oui ou zut ? J'ai besoin de toi.
Xanthos:
Besoin de moi ? Ah non ! Je ne mange pas de cette sorte de potage. Je sais à quelle allure je vais, moi. Je ne guigne pas à gauche autant qu'à droite, moi !
Ioannès:
Es-tu devenu complètement idiot ou fais-tu exprès ?
Xanthos:
Attends ! Ioannès, vas-tu masqué ou as-tu vraiment tourné casaque ?
Ioannès:
Descends et tu verras imbécile.
Xanthos:
C'est que je tiens à ma vertu.
Ioannès:
Xanthos, si tu n'es pas en bas dans quinze secondes, je te fais une grosse tête.
Xanthos:
(à part) Je crois qu'il est toujours le même. J'arrive, mais recule de cinq pas, on ne sait jamais.
Xanthos quitte la fenêtre.
Ioannès:
Quel empoté ! Est-ce qu'on perd sa virilité parce qu'on est en robe ? Les magistrats qui ont une robe sont-ils tous des travestis quand ils gouvernent ?... Encore que... j'en connais un ou deux ...
Xanthos est derrière sa porte.
Xanthos:
Ioannès, tu as bien reculé de cinq pas ?
Ioannès:
Oui !!!
Xanthos:
Tu ne bougeras pas ?
Ioannès:
Non !
Xanthos:
Es-tu sûr que tu es bien toi-même ?
Ioannès:
Oui, oui et oui !
Xanthos:
N'y a-t-il personne qui vienne dans la rue ?
Ioannès:
Personne !
Xanthos:
Bon !... Je viens.
Xanthos sort de chez lui. Il est aussi habillé en femme.
Ioannès:
Xanthos,... toi aussi ?
Xanthos:
J'ai un problème.
Ioannès:
(minaudant et avançant en chaloupant) Maintenant que je suis là, tu n'en as plus.
Xanthos:
Reste où tu es ! Je ne trouve plus mes habits.
Ioannès:
La belle excuse !... Sais-tu que tu es mignonne, ma grande ?
Xanthos:
Si tu fais encore un pas, je te fends le crâne !
Ioannès:
Calme-toi. Je te fais marcher et tu galopes.
Xanthos:
Tu dis ça.
Ioannès:
Je dis ce qui est. Que t'est-il arrivé ?
Xanthos:
Je rentre à la maison. Je me mets à l'aise et à table. Mon repas fini, je veux m'habiller pour aller à l'Assemblée et je ne trouve plus que les vêtements de ma femme.
Ioannès:
Il m'arrive exactement la même aventure et je venais te demander ton aide.
Xanthos:
Nous voilà beaux.
Ioannès:
Belles, veux-tu dire !
Xanthos:
Je t'en prie, ne recommence pas.
Ioannès:
Qu'allons-nous faire ?
Xanthos:
Rendons-nous chez Démétrios, le mari d' Alcména et demandons-lui quelque chose à nous mettre sur le dos.
Ioannès:
Et si nous rencontrons quelqu'un ?
Xanthos:
Par Zeus, ne parle pas de malheur.
Zeus, Ioannès, Xanthos, Héra
Zeus:
On m'a appelé?
Ioannès:
Qui c'est celui-là ?
Xanthos:
Je n'en sais rien, je ne le connais pas plus que toi.
Zeus:
Quelles belles matrones nous avons là ?
Ioannès:
Qu'est-ce qu'il dit ?
Zeus:
C'est une charmante, c'est beauté-là !
Ioannès:
Hé! Ça va pas, non ?
Zeus:
La nuit est bientôt tombée. Vous n'allez pas la passer toute seule ?
Ioannès:
Mais voulez-vous me lâcher ?
Zeus:
Elle résisterait cette mignonne ! J'adore les femmes qui commencent à
me résister.
Ioannès:
Comment ça qui commencent ?
Zeus:
Allez, ma chérie, ne te fais pas plus farouche que tu n'es.
Ioannès:
Mais il est fou ! Au secours !
Zeus aperçoit Xanthos.
Zeus:
Oh ! Mais celle-là n'est pas mal non plus !
Xanthos:
Pas touche !
Zeus:
Allons, allons... Elles sont toutes pareilles. Elles protestent et puis...
Xanthos:
Et puis quoi ?
Zeus:
Viens ici que je goûte à tes lèvres purpurines.
Xanthos:
Ah non, ah non, ah non ! Je ne suis pas ce que vous croyez.
Zeus:
Tu es une femelle qui va me tomber dans les bras comme toutes les autres.
Xanthos:
Rien du tout !... Cessez de me tripoter, vieux dégoûtant.
Zeus tient Xanthos et Ioannès.
Ioannès:
Lâchez-moi ou j'appelle.
Zeus:
Deux à la fois, c'est encore meilleur.
Xanthos:
Si vous ne laissez pas mon bras tranquille, je vous envoie un coup de boule.
Zeus:
Attention ! On ne me menace pas.
Ioannès:
Ça suffit obsédé !
Zeus:
Quoi ?
Xanthos:
Il a raison. Vous n'êtes qu'un vieux débris lubrique et vous allez nous foutre la paix.
Zeus:
Vous ne savez pas qui vous insultez ainsi, pauvres vermisseaux humains, répugnants lombrics terrestres. Par Rhéa, la mère du roi des dieux, vous allez voir de quelle foudre je me chauffe.
_ _ _
Coryphea:
Coucou, c'est encor(e) moi. / je dois vous dir(e) la suit(e).
Sachez qu'en ce temps-là, / dans les rues cohabit(ent),
Des bandes de gamins, / des troupes de gamin(es),
Réunis par le cœur / ou par leur mauvais(e) min(e).
Les plus féroc(es) de tous / restent les Amazones,
Jeunes filles perdu(e)s, / de l'embrouill(e) les championn(es),
Terrorisant les uns, / les autres arnaquant,
Elles sont une plaie / pour la plupart des gens.
Le petit Philippos / est leu souffre-douleur.
Il ne vit que de trouill(e), / d'angoiss(e) et de terreur.
Au publique.
Dites donc, vous, là-bas, au quatrième rang,
Voulez-vous m'écouter ? / Ce n'est pas en dormant
Que vous saurez l'intrigue ! /Il roupille, il somnole,
Il ronfle et il ronronne ! / Il s'en fout, ma parole !
Si c'était pour rêver, / il fallait, malappris,
Rester à la maison, / regarder Dynastie.
Elle recule.
Enfin, vous allez voir / ce que vous allez voir:
Son pote Aristidès, / un fameux combinard,
À remonter la pent(e), / va tenter de l'aider.
C'est chou, c'est du joli ! / Que c'est beau l'amitié !
Mais avant, il me faut, / hé, bande de vernis,
Vous danser langoureuse, / un petit sirtaki.
_ _ _
Philippos:
Au secours !... À moi !... Quelqu'un pour me sauver !... Je leur ai échappé mais combien de temps ? Une heure ? Une minute ?... Je suis déjà mort !... Plus d'espoir !... Elles vont m'avoir, c'est sûr ! Allez-vous m’ouvrir ?... C’est un condamné en sursis qui vous supplie de lui venir en aide !... Elles me suivent… Ouvrez cette porte que je me réfugie quelque part !... Encore une seconde... un dixième de seconde et vous aurez mon supplice sur la conscience !... Vous ne pouvez pas rester indifférents à la détresse d’un enfant… d’un enfant si beau que c’est une vraie catastrophe de l’imaginer défiguré, réduit à l’état de bouillie sanglante !... Et, en plus, ça salira le seuil de cette fichue porte qui ne s’ouvre
pas !... (Se fâchant) vous n’avez aucun cœur ou quoi ?... Le massacre d’un garçon aussi intelligent que moi ne vous émeut même pas ? (Montrant son cœur) Ce n’est pas une pierre que vous avez là, c’est un rocher dur comme… comme de la pierre !
Aristidès s’approche.
Philippos :
C’est sans espoir, je suis fichu !... Je fais don de ma toupie à mon ami Aristidès, bien qu’il ait un sale caractère. Je lègue la pièce de monnaie qui me reste à… à quelqu’un… à Aristidès, Parce que, aussi, il n’a jamais un rond. Et pendant qu’on y est, je lui cède tout le reste en héritage… c’est-à-dire rien, vu que je lui ai déjà donné tout ce que j’ai.
Aristidès se penche sur Philippos et lui touche l’épaule.
Philippos :
Ah !... Ça y est, c’est la fin !... Tuez-moi, écrabouillez-moi et même… tapez-moi, mais vite, qu’on en finisse !
Aristidès :
Hé, Philippos… qu’est-ce que tu as ?
Philippos :
(sans voir Aristidès) Un, oui c’est moi. Deux, je suis pressé.
Aristidès :
Philippos, c’est Aristidès !
Philippos :
Comme vous voudrez, mais achevez-moi rapidement.
Aristidès :
Ho, Philippos, je te dis que c’est moi.
Philippos :
C’est toi… tu es sûr ?
Aristidès :
Évidemment que j’en suis sûr, je sais quand même qui je suis.
Philippos :
On dit ça, on dit ça et puis on est quelqu’un d’autre.
Aristidès:
Vas-tu me tourner la tête, bougre de cinglé !... Là, tu le vois que c'est moi.
Philippos:
Tu es mort aussi ?
Aristidès:
Tu dérailles complètement.
Philippos:
Alors, elles t'ont eu comme moi ?
Aristidès:
Qui ?
Philippos:
Celles qui m'ont trucidé.
Aristidès:
Qui d'a trucidé ?
Philippos:
Les mêmes que toi.
Aristidès:
Personne ne m'a trucidé.
Philippos:
Tu es sûr ?
Aristidès:
Oui.
Philippos:
Vraiment ?
Aristidès:
Tu m'énerves !
Philippos:
Donc je vis encore comme toi ?
Aristidès:
Oui !
Philippos:
Ouf !... Je ne l'aurais pas cru.
Aristidès:
Vas-tu me dire ce qui n'a fichu une telle trouille ?
Philippos:
Je revenais tranquillement chez mois.
Aristidès:
Et alors ?
Philippos:
Elles étaient là, elles m'attendaient.
Aristidès:
Qui ?
Philippos:
Celles qui veulent me taper dessus, celle qui m'embêtent tout le temps, celles qui me piquent mes ronds, celles qui me tirent les cheveux, celles qui me bottent les fesses, celles qui me tirent les oreilles, celles qui m'écrasent les doigts de pied, celle qui me jettent des cailloux, des choux pourris, des ordures, des vers de terre, de la terre, de la boue, des bouses... les Amazones !
Aristidès:
La bande de filles qui s'appelle les Amazones ?
Philippos:
Elles-mêmes.
Aristidès:
Tu as peur d'une bande de filles ?
Philippos:
Les Amazones !
Aristidès:
Philippos ! Tu n'as pas honte: trembler devant des filles ?
Philippos:
Parce que toi, les Amazones, elles ne te font pas peur ?
Aristidès:
Évidemment non !
Bruit dans les coulisses.
Philippos:
Ah !... Les voilà !
Aristidès:
Tu vas voir ce que j'en fais, moi, de tes Amazone.
Aristidès parle en sortent.
Aristidès:
Hé, les filles ! Venez voir là si j'y suis ! Je vais vous apprendre à vivre, moi, bande de tarées ! Remuez vos gros derrières que j'y imprime les semelles de mes godasses !
Philippos:
C'était un on copain, quand même !... Bon, il avait des défauts, comme tout le monde, mis des défauts tout petits: il était menteur, voleur, crâneur, floueur, chipeur, tapeur, trompeur, péteur, fouetteur, accusateur, agitateur, blasphémateur, calculateur, calomniateur, conjurateur, conspirateur, délateur, dépravateur, dictateur, dominateur, dissipateur, flatteur, gâteur, chahuteur, tentateur, disputeur, rapporteur, flatteur, gâteur, chahuteur, tentateur, disputeur, rapporteur... bref, c'était un emmerdeur, mais des bons copains comme ça, on n'en fait plus !... Ça me fera quelque chose de ne plus l'avoir sur le poil à journée faite. (Imitant Aristidès) Philippos, j'ai faim, va me chercher une figue !... Philippos, j'ai soif, cours et ramène de l'eau !... Philippos, je m' ennuie, joue aux osselets avec moi !
Aristidès entre, comme projeté sur scène, son habit en loques.
Aristidès:
Ah, les garces ! Elles mont pris par surprise !
Philippos:
Ça va ?
Aristidès:
J'en avais matée quelques-uns. À quinze, elles me sont tombées dessus.
Philippos:
Il y en a autant ?
Aristidès:
Ratafia, une. Galimatia, deux. Galabia, trois. Catalpa, quatre. Sparara, cinq.
Sassafras, six. Diacona, sept. Plus Ratafia, Galimatia, Galapia, Catalpa, Sparadra, Sassafra et Diacona, quatorze, et Ratafia, Galimatia, Galapia, dix-sept.
Philippos:
C'est marrant, je n'en voyais pas autant.
Xanthos ouvre sa porte.
Xanthos:
C'est pas bientôt fini ce raffut ? Il y a des gens qui aimeraient bien se reposer.
Philippos:
Oui, Madame.
Xanthos:
Qu'est-ce que tu as dit, fils de moins que rien ?
Philippos:
Oui, Madame... on s'en va, Madame.
Aristidès:
Dites donc, la mémère, on vous dérange peut-être ?
Xanthos:
Tu veux mon pied aux fesses, vaurien ?
Aristidès:
Faudrait encore pouvoir lever la jambe, la vieille !
Xanthos fait mine de leur botter le derrière. Ils s'enfuient.
- - -
Héra:
C'est pas trop tôt !
Zeus:
C'est surtout très haut.
Héra:
Dis donc, machin, t'as remuer tes grosses fesses.
Zeus:
Héra, tu as beau être mon épouse et, par le fait, la reine des dieux, tu pourrais avoir un peu plus de respect pour ton roi.
Héra:
Le roi de quoi ?
Zeus:
Le roi des...
Héra:
Ouais, tu l'as dit bouffi, le roi des...
Zeus:
Doucement mon Héra, ma douce. Je les commandes encore tous
Héra:
Tu commandes une bande de tarés qui n'ont plus de pouvoir.
Zeus:
Ne m'énerve pas ou je lance ma foudre.
Héra:
Parlons-en de ta foudre. La seule chose que tu es encore capable de faire c'est détraquer le temps.
Zeus:
Le temps... le temps... Que veux-tu ma bonne, c'est le temps qui passe et qui émousse toutes choses.
Héra:
Si c'est la faute du temps, tu n'as qu'à lui ordonner de se secouer.
Zeus:
Qui ?
Héra:
Chronos, pardi, le dieu du temps.
Zeus:
Il est bien vieux.
Héra:
Hé oui, le temps passe, mais tu te dégonfles, vieille outre. Appelle-le et remets-le à l'ordre.
Zeus:
Tu crois ?
Héra:
Mais remue-toi, enfin !
Chronos:
Ouais ???
Zeus:
Que fais-tu là-dessous ?
Chronos:
Ça te regarde ?
Héra:
Sais-tu à qui tu parles ou le vin t'a-t-il définitivement brouillé l'esprit ?
Chronos:
Ouais ???
Héra:
Il est complètement beurré.
Zeus:
Comment veux-tu que j'en fasse façon, moi, de ces tarés ?
Héra:
Tu vas voir !... (hurlant) Chronos !
Chronos:
Ouais ???
Héra:
Ton roi te parle !
Chronos:
Il a viré à gauche mon bon dieu de roi ? Ça ne m'étonne pas... déjà qu'il avait des tendances...
Zeus:
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Héra:
Rien d'important.
Chronos:
Dites donc, la petite mère, c'est pas pour râler, mais on ne dérange pas Chronos pour des clous. J'ai des occupations moi. Faut que j'aille régler la cle... la cleps...
Zeus:
(à Héra) Que veux-t-il faire à Cerbère ?
Chronos:
Le cleps... sydre.
Héra:
(à Zeus) Je ne comprends pas un mot des ses élucubrations.
Zeus:
Il parle d'un clebs et de cidre. Comme il vient d'en bas, ça doit vouloir dire que Cerbère a bu du cidre et qu'il est fin paf.
Chronos:
Mais non, mon petit dieux de roi ! Je dois aller régler la clepsydre, l'horloge du temps.
Héra:
Deuxième partie
Scène 1: Héra, Zeus, Chronos brièvement, puis Héphaïstos.
L'orage fait rage, l'Olympe reste dans l'ombre.
Héra:
Cette fois, c'est le sommet.
Zeus:
Évidemment, ma chouchoutte, nous sommes au sommet... comme toujours.
Héra:
C'est le sommet du comble... si je me fais bien comprendre.
Zeus:
Oui, mon colibri.
Héra:
Encore un nom d'oiseau et je te fais une grosse tête.
Zeus:
Oui, ma puce.
Héra:
Qu'est-ce que j'ai dit ?
Zeus:
Une puce, ce n'est pas un oiseau.
Héra:
Je suis la plus grande, je domine le monde mentier et il m'appelle sa puce !!!
Zeus:
C'est une petit peau d'amour.
Héra:
Je n'ai pas besoin d'amour, mais d'une lumière et d'une pèlerine.
Zeus:
Je crois que c'est un fusible qui a pété.
Non ???... Penses-tu. Et bien, fais quelque chose !
Zeus:
Quoi, ma Reine ?
Héra:
Change le fusible, crétin.
Zeus:
Je ne sais pas.
Héra:
C'est l'être le plus puissant de l'univers et il ne sait même pas changer un fusible.
Zeus:
Si Héphaïstos était là, il réglerait le problème en un rien de temps.
Apparition de Chronos.
Chronos:
Ouais ???
Héra:
Qui t'a sonné ?
Chronos:
On a bien appelé le temps ?
Héra:
Sais-tu changer un fusible ?
Chronos:
Un quoi ?
Héra:
Aussi nul que l'autre !... Couché !
Chronos disparait.
Zeus:
Ah.... si Héphaïstos était là !
Héra:
Fais-le venir.
Zeus:
Comment ?
Héra:
Le "téléphonos" c'est pas pour les dieux peut-être ?
Zeus:
Tu crois qu'il fonctionne encore ?
Héra:
Essaie empoté, tu verras bien.
Zeus décroche le combiné.
Zeus:
"Allos" ?... C'est le "standardos ?... Ça marche.
Héra:
J'entends bien que ça marche.
Zeus:
"Allos"... Comment... Parlez plus fort, nous n'entendons rien... C'est toi, Mnémosyne ? Comment vont les petites muses ?... Passez-nous Héphaïstos et que ça saute.
Héra:
Qui va sauter qui ?
Zeus:
Héphaïstos... c'est nous ... Comment "qui ça "nous"... Y a-t-il plus "nous" singuliers ici ?
Héphaïstos apparaît.
Zeus:
(à Héra) Voilà, ma bonne, il n'y a plus qu'à attendre.
Héphaïstos:
Qu'est ce que tu veux ?
Zeus:
Ah !!!... Tu nous as fait peur.
Héra:
Le roi des dieux qui a peur de son ombre.
Héphaïstos:
Dites donc, roi des dieux, j'ai du boulot, moi, c'est en forgeant qu'on devient Héphaïstos. Héphaïstos je suis, forgeron je reste.
Zeus:
Il faudrait changer les fusibles de l'Olympe qui ont pété.
Héphaïstos:
Quoi ?... Vous dérangez Héphaïstos pour ça, vous ne pouvez pas les changer vous-même vos fusibles ?
Zeus:
D'abord, tu parles à ton roi sur un autre ton, ensuite, je ne sais pas changer les fusibles.
Héphaïstos:
À quoi ça sert alors d'être tout-puissant, si on ne peut même pas changer les fusibles.
Héra:
Et le comble, c'est que c'est lui qui les a fait péter avec sa foudre.
Zeus:
Qui est le dieux des bricoleurs ?
Héphaïstos:
Castoramos est mon commis, Bricos Lousirès en est un autre, mais ils ne viennent pas à domicile.
Zeus:
Vas-tu changer ces fusibles ou devons-nous nous fâcher ?
Héra:
Héphaïstos... change ces machins, sinon il va encore faire pleuvoir.
Héphaïstos:
Ah non !... Pluie de plus... pluie de pluie... plus de plus... plus...de...pluie... ma forge s'éteint à tous les coups.
Héphaïstos change les fusible, l'Olympe se rallume.
Héphaïstos:
Voilà... ce n'est pas plus compliqué.
Zeus:
Oh... ça va, hein !
Héphaïstos:
J'envoie la facture à quel nom ?
Zeus:
Quelle facture ?
Héphaïstos:
Ça va faire un saladier... le déplacement, le matériel, deux heures de travail...
Zeus:
Comment "deux heures de travail" ?
Héphaïstos:
Il y a toujours un minimum de deux heures de travail. Si tu... vous n'êtes pas content, il n'y a qu'à demander à Chronos.
Héra:
Ah non... Laisse ce casse-pied où il est. Bon Zeus, quand on est un incapable, on paie l'addition.
Héphaïstos:
Bon... Je mets: "Zeus, roi des dieux, Olympe, troisième gauche".
Héphaïstos et Héra vont pour sortir.
Héra:
Sais-tu toi que tu as un physique intéressant ?
Héphaïstos:
Tu trouves ?
Héra:
(très câline) Oui...
Ils sortent.
Zeus:
J'en ai marre... mais j'en ai marre.
_ _ _
Coryphea:
Je conçois aisément qu'ça soit pas du délire,
Mais vous pourriez au moins faire semblant d'applaudir.
Merci, merci, c'est trop, ça fait quand même plaisir,
Par un public ami de se faire soutenir.
Ce n'est pas le triomphe, ç'aurait pu être pire.
J'en suis sûre, c'est certain, j'ai vraiment un avenir.
Je ne suis pas ici pour vous causer de moi.
Il faut que je vous parle de la suite, ma foi.
Il faut se souvenir que les femmes ont voulu
Que les lois soient changées et qu'elles l'ont obtenu.
Dès ce moment béni pour avoir une beauté,
Les hommes sont condamnés à séduire une mocheté.
Ils doivent faire le ménage, la cuisine, la vaisselle.
Qui c'est qui se repose ?... Ce sont les belles donzelles.
Mais je vois dans vos yeux une lueur qui brille.
Je ne me fais prier. Et zou, un sirtaki.
Pendant cette danse, entrée de Philippos et d' Aristidès.
Coryphea:
(à part) Qui sont ces deux gamins qui me regardent là.
Vous voulez ma photo, espèces de cancrelats ?
Philippos:
(à Aristidès) Elle est folle, c'est sûr, t'as vu la tête qu'elle a ?
Aristidès:
Elle se prend pour une star, elle en fait du flafla.
Elle remue en cadence son petit tralala.
Coryphea:
Vous me déconcentrez, fichez le camp de là.
Philippos:
Danser le sirtaki n'a rien de difficile.
Je peux le faire aussi. Mettons-nous sur une file.
Ils dansent.
Coryphea:
Ce n'est pas mal du tout, vous êtes bien gentils,
Aristidès:
Tu es une vraie artiste, tu nous plais toi aussi.
Philippos:
Dis moi, Coryphea, pourquoi parles-tu en vers ?
Coryphea:
La tradition l'exige. Vous êtes vraiment choux,
Venez ici que je fasse des bisous,
C'est toi, mon Philippos, le tout premier servi.
Au bel Aristidès le seconde série.
Philippos:
Je suis au septième ciel, je défaille, je me pâme..
Aristidès:
Encore un coup ma foi et j'y perdrai mon âme.
Ils sortent en dansant.
_ _ _
Ioannès sort de chez lui.
Ioannès:
C'est pas possible une chose pareille, elle me fait laver tous les pots, toutes les écuelles, tous les gobelets, toutes les amphores. À chacune de mes protestations, elle me répond que c'est la loi. Je me rebiffe, elle me poursuit de sa hargne et m'ordonne de nettoyer les jarres. Je lui dis poliment de reconsidérer la chose, elle m'envoie à la figure que je risque le cachot. Je tente de lui faire comprendre que le travail des femmes n'est pas celui des hommes, elle me répond que les choses ne sont plus ce qu'elles étaient, que l'Assemblée a décidé qu'il en serait ainsi désormais. Si je n'avais pas été empêché d'y aller, ça ne se serait pas passé de la sorte.
Passala sort de leur maison.
Ioannès:
Les femmes sont faites pour tenir la maison, y demeurer toute la journée. Elles ne doivent en sortir sous aucun prétexte et rester silencieuses, quand elles aperçoivent une voisine. Il leur faut attendre patiemment leur époux qui vaque au-dehors et préparer leur retour au-dedans. Elles ont la chance de n'avoir aucun autre souci que ceux-là et elles s'en plaignent !!! .
Passala:
Si la condition des femmes est si réjouissante, pourquoi geins-tu puisque t'y voilà réduit par la loi ?


LES DIEUX SONT FATIGUÉS
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